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Le terroir : quelles applications pratiques ? Résumé La notion de terroir ne permet pas en général d’applications pratiques pour le choix des techniques d’entretien du sol. Pourtant, par la méthode utilisée, grâce à une approche globale du sol, il est permis de comprendre quels éléments liés au sol sont déterminants dans la qualité d’un terroir. Tout le monde s’accorde à donner à la géologie, la pédologie et la climatologie un rôle de premier rang dans la définition du terroir. Mais qu’en est-il du lien de ces sciences avec la viticulture, c’est à dire l’agronomie moderne ? Avant de parler des éléments qui composent la notion de terroir, il faut rappeler que le terroir ne peut s’exprimer dans la qualité du raisin que si celui-ci est récolté à maturité. Or, la circulation de l’eau dans le sol conditionne bien souvent l’état de maturité des raisins à la vendange, sous climat océanique autant que sous climat méditerranéen. Sous climat océanique, pour cesser de pomper l’eau à l’excès, la vigne rencontre dans les sols deux alliés potentiels : les sables et les argiles. Plus la proportion de l’un ou de l’autre est forte, plus le stress hydrique est possible en été : les sables laissent passer l’eau rapidement, alors que les argiles la retiennent avec une forte énergie. A l’opposé, les limons n’offrent pas cette possibilité car ils donnent des sols qui se ressuient lentement, tout en donnant trop facilement l’eau qu’ils retiennent. Sous climat méditerranéen, à l’inverse, le choix des porte-greffes et cépages doit permettre une résistance optimum aux conséquences d’une sécheresse qui peut bloquer la maturité des baies et créer une acidité des baies qui n’est pas liée au terroir. Cette question de la relation avec l’eau est essentielle pour comprendre le potentiel viticole d’un sol, c’est la première difficulté à vaincre pour pouvoir parler d’expression du terroir. Les minéraux du sol Il semble qu’on omette souvent en viticulture de tirer toutes les conséquences de l’origine géologique des sols. La roche d’origine contient des minéraux qui, en s’altérant, vont donner les éléments constitutifs du sol : Potassium issu des micas ou des feldspaths, Calcium issu du calcaire ou des amphiboles, Magnésium issu de la dolomie ou des minéraux comme les péridots ou les pyroxènes, Fer issu des micas noirs ou des minéraux ferro-magnésiens, etc. La qualité de la roche mère donne ainsi une certaine proportion de minéraux au sol. Le calcium Plus que la notion de pH des sols, qui est une mesure trop globale pour être pertinente (le pH autour des racines n’a rien à voir avec le pH de la solution du sol), le taux de Calcium est un bon indicateur de la qualité d’un terroir. Les grands terroirs sont souvent proches de la saturation en Calcium. L’excès de Calcium dans les sols très calcaires n’est pas favorable aux grands terroirs car cet excès rend tous les métaux(oligo-éléments) immobiles, donc diminue le potentiel qualitatif des sols(voir plus loin le rôle des oligo-éléments). A l’inverse les sols désaturés en Calcium sont souvent lessivés en minéraux et oligo-éléments, donc moins qualitatifs. (1) Voir compte rendu de l’Académie de l’agriculture française du 7/12/1988
Le Fer est très présent dans certains sols de graves rouges alluvionnaires, certains calcaires, les grès du Trias, etc… cet élément est toujours lié à de grands terroirs en Aquitaine. Son rôle est traditionnellement associé à la synthèse des anthocyanes. Le Fer sous forme d’ions ou d’hydroxydes joue surtout un rôle dans les processus d’oxydo-réductions à la base de la nutrition des plantes.
Dans chaque appellation d’Aquitaine, les meilleurs terroirs sont associés au Fer en excès : par exemple, les sols issus du Calcaire à astéries(saint Emilion, Castillon ou Barsac), des sables du Tertiaire et du quaternaire de Saint Emilion(de Figeac à Cheval Blanc) ou des graves du Médoc (Margaux) Les oligo-éléments Chaque oligo-élément présent dans le sol joue un rôle clé de cofacteur enzymatique dans la synthèse des molécules complexes que la vigne produit, les protéines notamment. Ces molécules seront les précurseurs des arômes retrouvés dans le vin. Ainsi, chaque roche mère apporte en quantité et en proportion une diversité étonnante de « contexte » dans lequel la vigne construit ses arômes propre au terroir.
Le pôle organique du sol joue le rôle de moteur dans la mise en route des processus liés à l’alimentation des plantes : minéralisation de l’Azote mais aussi mise à disposition par l’activité microbienne de tous les nutriments de la vigne, à l’exception de la potasse. La qualité des humus conditionne la qualité de la vie microbienne, sous dépendance des conditions du milieu : aération, type de végétaux en décomposition(ou d’apports organiques), circulation de l’eau…Ainsi, la présence de minéraux ou d’oligo-éléments n’est efficace que si la vie microbienne offre à la vigne les conditions de leur utilisation.
Pour illustrer notre propos, voici une description de quelques terroir de l’appellation IROULEGUY du Pays Basque.
1 les aspects liés à l’eau Les vignes sont implantées en règle générale sur des sols en pente, parfois extrêmes, aménagée en terrasses. Ces pentes combinées avec des textures souvent extrêmement grossières (plus de 60% de sables sans argile) permettent des conditions de maturation exceptionnelles sous un climat extrêmement humide ! (plus de 1 500 mm de pluies annuelles) On doit en effet souligner que les potentiels de vigueur sont rarement élevés(pas d’horizon de profondeur à Coefficient de Fixation supérieur ou égal à 2), les sables très présents(facteur de réchauffement et de précocité) et les expositions bien choisies. 2 les aspects liés aux Calcium et au Fer Les sols sont structurés autour de liens très puissants qui permettent de lutter efficacement contre des lessivages climatiques tout aussi puissants : - Sur les sols issus de grès rouges du Trias (plus de 70 % des sols de l’appellation), le Fer lié à la matière organique est extrêmement présent et constitue indéniablement un facteur de qualité pour les vins : couleur et concentration. Si le Calcium est peu représenté, certains grès en contiennent une petite source par la calcite. Les apports vont donc viser - Sur les sols issus de Dolomie du Trias ou Jurassique, moins fréquents, les Calcium et Magnésium très présents offrent également des conditions très intéressantes pour obtenir des vins expressifs, c’est à dire aromatiques avec des maturations progressives. - Sur les sols issus d’Ophytes du Trias, c’est l’ensemble des liens Fer, Calcium et Magnésium très présents qui assure un bon potentiel qualitatif.
La forte présence de Micas blancs dans les sols issus de grès est une source de Potasse qu’il ne faut pas sous estimer au risque d’avoir dans les vins des chutes induites d’acidité qui gênent la conservation. Ainsi, il est essentiel d’intégrer cette fourniture naturelle et de stopper tout apport de Potasse par les engrais. 4 les oligo-éléments Déposé avec le Fer, le Manganèse est très présent dans les sols issus des grès du Trias. Ce métal est toujours associé aux grands terroirs, il est un bon indicateur de la présence des autres oligo-éléments dans le sol. 5 les matières organiques et l’activité microbienne S’il est périlleux de rapprocher qualité des vins et qualités organiques des sols de manière linéaire, il est intéressant de souligner que les meilleures parcelles viticoles restent en général des parcelles à bon niveau d’activité microbienne possible, riche en Fer de liaison et à sol bien structuré.
B. WEILLER
« Connaissance du sol » tomme 1. Y HERODY édt BRDA |